The Beatles (Le Double Blanc) a cinquante ans et même un peu plus…. Par Jacques Volcouve l’historien Français des Beatles.

January 31, 2019

 

 En 1967, avec « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band », les Beatles changèrent la musique à jamais. Mais, en 1968 ils enregistrèrent un album qui allait définir ce que le rock allait devenir, alors qu’ils vivaient les derniers mois de l’existence du groupe.

 

Au cours des années soixante, les Beatles bénéficièrent d’un niveau de célébrité jamais atteint auparavant, ils étaient aimés, adulés universellement. John, Paul, George et Ringo étaient les visages les plus connus de la planète. Leur talent inouï a produire des mélodies qui traduisaient l’air du temps et était la clé de leur succès. Leur charme, leur charisme et leur camaraderie les rendaient irrésistibles.

 

 

Les Beatles formaient une bande à laquelle tout le monde voulait faire partie. Les garçons voulaient être comme eux et les filles voulaient être avec eux. Mais ils avaient créé leur monde à eux, un cercle intime qui était impénétrable constitué uniquement de John, Paul, George & Ringo. Du fond des entrailles du Cavern-Club de Liverpool au firmament du Shea Stadium à New-York, ils avaient développé entre-eux une compréhension mutuelle qui flirtait avec la télépathie. Une harmonie intuitive qui s’est manifesté dans la création d’une musique populaire parfaite.

Les temps changent, surtout lorsque vous vivez sous le microscope constant des scrutateurs et de l’attention non-stop des médias. Gâtés, choyés, ou devenus les proies de flagorneurs conflictuels, votre jugement peut être déformé par le prisme du psychédélisme ambiant.

 

 

Liés par la captivité engendrée par la célébrité, les Beatles en vinrent à nourrir une rancœur pour préserver leur intimité primordiale. En 1968, alors qu’ils s’apprêtaient à enregistrer leur album éponyme, ils aspiraient à d’autres horizons plutôt que d’être systématiquement dans le cadre confiné de leur compagnie personnelle. Avec ce sentiment d’individualité, né de leur séjour à Rishikesh, en Inde,  a apprendre la méditation transcendantale sous la houlette du gourou Maharishi Mahesh Yogi, ce serait désormais, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr prenant le pas sur l’entité Beatles. La mort accidentelle, de leur manager Brian Epstein le 27 Août 1967 avait aussi contribué à la prise de conscience de leur individualité. Le mariage de John Lennon était à l’agonie. La gestion chaotique de Apple records exacerbaient les tensions.

 

Mais dès leurs débuts chaque Beatles jouissait de leur propre célébrité. C’était le premier groupe dont on connaissait les prénoms de chacun de ses membres : John, Paul, George & Ringo. Très vite, le public a su dire des titres signés Lennon-McCartney, qu’elles étaient les compositions de John Lennon et les chansons de Paul McCartney.

 

A Rishikesh, où Donovan (le troubadour écossais), Mike Love (des Beach Boys), Mia Farrow et sa sœur Prudence étaient du séjour avec les Beatles. Le groupe composait entre deux séances de méditation. Eloigné de l’acide et d’autres drogues, Lennon devait gérer la réalité de son mariage avec Cynthia et le fait qu’il était tombé amoureux de Yoko. Pour lui l’expérience n’a certainement pas été très spirituelle mais elle lui a permis de créer des chansons profondes dont il devait dire plus tard qu’elles comptaient parmi ses meilleures et d’autres qui lui faisaient presque honte ! George Harrison qui avait trouvé les clés de l’existence ne signait pas moins de six chansons. Quant à Paul, c’est au moins une douzaine de titres qu’il rapportait avec lui à son retour à Londres.

 

 

Forcément lors des séances, ils travaillèrent davantage de façon individuelle, leurs compositions, mais tout en se retrouvant un réel esprit d’équipe, de groupe pour certaines chansons. Et pour la première fois, une femme était présente dans le studio, Yoko Ono. Avec John, ils étaient désormais inséparables.

 

Avec ce nouvel album les Beatles trouvèrent la meilleure façon de revenir à leurs fondamentaux. Les méthodes que les Beatles adoptèrent pour enregistrer cet album firent d’eux des pionniers et leur façon d’enregistrer devint la norme dans l’industrie du disque.

 

 

Depuis la sortie de « Sgt. Pepper », les hit-parades regorgeaient d’albums pseudos psychédéliques, aux morceaux de musiques indiennes de pacotilles, souvent pompeux et prétentieux. L’arrivée du « Double Blanc » fut comme une bouffée d’air frais. Son influence et la rupture qu’il imposait fut du même niveau que l’irruption des punks moins d’une dizaine d’années plus tard. Ils démontraient que leur palette musicale était la plus large possible, du blues, en passant par la country and western, le rock’n’roll, le folk, les comédies musicales... Leur capacité musicale était aussi vaste que possible, et ils excellaient dans tous les styles.

 

L’album « Beggars Banquet » des Rolling Stones recueille parfois les bravos. Certains prétendent qu’il a eu un plus grand impact que l’ « album blanc» des Beatles . Il est vrai que les Beatles avaient connu leur premier échec avec le téléfilm « Magical Mystery Tour » à Noël 1967 tandis que les Stones se remettaient péniblement de la catastrophe industrielle que constituait leur album « Their Satanic Majesties Request », un sous-« Sgt. Pepper » qui les classait définitivement, comme des suiveurs derrière les Beatles en termes de création artistique. Les Beatles avaient encore un coup d’avance et étaient toujours considérés comme les leaders par le public.

 

De façon rétrospective, John Lennon et Paul McCartney avaient de quoi être satisfait du « Double-Blanc ». En 1971 John disait que c’était de loin son album préféré du groupe, même devant « Sgt. Pepper ». « La musique était meilleure. Le mythe de « Pepper » était plus fort, mais la musique du « Double-Blanc » est de loin supérieure ».

 

De son côté, Paul disait, «Je crois que c’est un très bon album. Il tient le coup. Pas plaisant a réaliser, mais les difficultés sont parfois nécessaires pour créer ». Ringo, de son côté disait qu’avec cet album Ils avaient retrouvé une réelle cohérence de groupe. « J’aime être dans un groupe » disait-il. Quant à George, il soulignait la volonté des Beatles de toujours innover. Le « Double-Blanc » ne pouvait que témoigner des expériences accumulées depuis la sortie de « Sgt. Pepper ».

 

 

Il est de bon ton depuis des années de dire que les Beatles ne cessaient de se quereller pendant cette période en raison de la gestion d’Apple et de leurs propres affaires. Les témoignages des employés des studios d’EMI à Abbey Road vont souvent dans ce sens et les médias ont mis trop longtemps ces tensions en avant au point d’oublier combien les Beatles s’adoraient. Cette formidable camaraderie qu’on retrouve en 2016 dans « Eight Day’s A Week », le documentaire de Ron Howard qui retrace les tournées mondiales du groupe. Ringo Starr disait qu’enfant, il était fils unique et devenu adulte, il avait désormais trois frères autour de lui. Paul Salzman, un jeune photographe canadien qui se trouvait avec eux en Inde, confirme cette relation spéciale qui existait entre eux, faite de volonté de se protéger les uns les autres et pleine de tendresse mutuelle qui montrait aussi leur incroyable complicité qui faisait comprendre aux autres qu’ils étaient vraiment comme des frères. Comme un cercle magique dont eux seuls faisaient partie, se protégeant du monde extérieur. C’est aussi ce qui a frappé Giles Martin en écoutant les bandes de l’enregistrement du « Double-Blanc ». Comme un démenti flagrant a tout ce qui a été dit écrit depuis cinquante ans. Être avec les Beatles, c’est sentir la joie qui émanaient d’eux, pas étonnant que leur musique donne tant de bonheur au monde entier.

 

Une semaine avant la sortie du disque Paul disait “Les Beatles ont toujours été un groupe de rock. Mais pas complètement rock’n’roll non plus. C’est pourquoi on fait « Ob-La-Di, Ob-La-Da» puis un truc en 12 bars de blues comme « Why Don’t We Do It In The Road ». Lorsque nous jouions à Hambourg, on ne faisait pas que du rock toute la soirée. On avait ces gros et vieux businessmen qui venaient nous demander de jouer du mambo ou de la rumba. Alors on se coltinait des trucs comme çà aussi.”

 

Il y a eu quelques critiques négatives à la sortie du disque dont Nik Cohn dans le New York Times qui rejeta l’album en le considérant comme ennuyeux au-delà du possible, alors que Robert Christgau de The Village Voice qualifiait l’album du plus inconsistant et le pire de tous les disques des Beatles. ”.

La vérité est que ces critiques avaient manqué le nouveau tournant amorcé par les Beatles devant leurs yeux, trop aveuglés par l’auto-indulgence de « Revolution n°9 ». Un morceau qui, pourtant, gagne a être redécouvert aujourd’hui.

 

 

Les Beatles furent des colosses culturels dont l’influence sur leurs contemporains fut sans précédent et jamais dépassés depuis. Avec le « Double-Blanc », les Beatles apportèrent au rock, tout ce qui est nécessaire pour faire un album parfait, la recette idéale. Ce qui devait suivre ne pouvait que mener à la séparation du groupe.

 

Une année d’activités incessantes.

Un aspect primordial de la carrière des Beatles, c’est qu’ils accomplissaient en un an ce que d’autres faisaient en plusieurs années.

En janvier George Harrison était à Bombay pour enregistrer la musique du film « Wonderwall », qui sortira sur le label Apple le 1er novembre 1968 ainsi que les pistes instrumentales d’ « Inner Light » (la seconde face du single « Lady Madonna » publiée le 15 mars 1968).

 

 

En février, Ringo est l’invité de l’émission Cilla animée par son amie Cilla Black. Ce même mois, John et Paul produisent le groupe Grapefuit et leur single « Dear Delilah ». Les Beatles enregistrent aussi « Lady Madonna » et « Hey Bulldog » (qui figurera sur l’album de la musique du dessin-animé « Yellow Submarine » dans les bacs le 17 janvier 1969.

 

En mars, Cilla Black sort un nouveau single « Step Inside Love » composé par Paul McCartney.

 

En mai, John et Paul partent pour New-York pour lancer la société Apple.

« McGough » de Mike McGear (le frère cadet de Paul) & Roger McGough, produit par Paul McCartney est dans les bacs.

John et Yoko enregistrent « Unfinished Music No. 1: Two Virgins », l’album sortira en novembre.

George Harrison, John Lennon et Yoko Ono sont au cocktail de presse pour le lancement de la boutique Apple Tayloring dans Kings Road à Chelsea.

 

 

En juin, George Harrison participe au tournage du film « Raga » de Ravi Shankar qui sortira sur Apple en décembre 1971.

George Harrison produit une de ses compositions (disponible désormais dans l’édition 2018 du double-blanc), « Sour Milk Sea » pour Jackie Lomax.

Le 18 juin à l’Old Vic Theatre se déroule la première de la pièce « In His Own Write » d’après le livre de John et mise en scène par Victor Spinetti, qu’on avait vu dans « A Hard Day’s Night », « Help ! » et « Magical Mystery Tour ».

 

En juillet, Avec Yoko Ono, John Lennon inaugure sa première exposition « You Are Here » à la Robert Fraser Gallery.

Il y a la présentation à la presse de « Yellow Submarine» à Bowater House à Londres.

Apple Corps Ltd s’installe au 3 Savile Row à Londres

Le 28 juillet les Beatles passent la journée devant les objectifs de Don McCullin (Magnum) Ronald Fitzgibbon, Stephen Goldblatt et Tom Murray. Les photographes les suivent dans sept quartiers différents de Londres. 200 Gray’s Inn Road, WC1 – 2 Ladbroke Road, WII – Swain Lane, N6 – Old Street ECI – St Pancras Old Church and Gardens – Wapping Pier Head et chez Paul au 7 Cavendish Avenue. Cette séance est connue sous le nom de Beatles Mad Day. L’un des clichés figuren en couverture intérieure des compilations 1962-1966 et 1967-1970, communément appelées « le rouge » et « le bleu ».

 

En septembre, Le clip de « Hey Jude » et « Revolution» sont diffusés pour la première fois lors de l’émission « Top of The Pops » de la BBC 1

 

En octobre, publication du single « I’m the Urban Spaceman » par le Bonzo Dog Doo-Dah Band, produit par un certain Apolo C. Vermouth qui n’est autre que Paul McCartney.

George Harrison s’envole pour Los Angeles pour travailler avec Jackie Lomax, pour l’album « Is This What You Want » qui sortira sur le label Apple des Beatles le 21 mars 1969

 

En novembre George Harrison enregistre la piste instrumentale d’un morceau « No Time or Space » qui figurera sur l’album « Electronic Sounds » publié le 9 mai 1969 sur Zapple, un sous label d’Apple records.

En décembre

Publication en Angleterre du premier album de James Taylor sur Apple Records. Paul joue de la basse sur la chanson « Carolina On My Mind ».

John, Yoko et Julian participent au « Rock’n’Roll Circus ». Ce show ne sera jamais diffusé car Mick Jagger estime que la prestation des Who est meilleure que celle des Stones. Ce n’est qu’en 1997 que l’émission TV sera enfin commercialisée.

Première du film « Candy » à New York, avec Ringo Starr.

 

 

 

 

 

Pourquoi les Beatles sont-ils éternels ?

Les Beatles avaient un talent ultime celui de concilier le succès et la réussite, celui de réunir le temps réel et le temps imaginaire. On comprend pourquoi et comment ils ont transformé leur époque. Comment ils sont devenus les maîtres du temps. Rien d’étonnant à ce que Paul McCartney, en écoutant le contenu du coffret remasterisé et remixé, pour donner son feu vert dise « Je ne me souvenais pas combien les Beatles étaient si modernes. « Le Double Blanc » aurait pu être enregistré hier ».

Pierre Mitz

 

 Photos de John Kelly

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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