Fan ou pas Fan ?


Depuis 1973, date à laquelle nous avions fondé le Club des 4 de Liverpool, je me heurte à un thème récurant : « vous êtes un fan » !

Voici donc, quelques réflexions destinées à ceux qui s’obstinent à me considérer comme un fan.

D’abord, je hais ce mot du plus profond de mon âme, tout mon être se dresse de dégoût devant ce qualificatif.

Pourquoi en raison du fait que je me suis spécialisé sur l’histoire d’un groupe de musique récente, mes interlocuteurs se sentent-ils obligés de l’utiliser ? Oseraient-ils traiter (car pour moi, c’est une insulte) Jean Tulard, ce formidable historien de Bonaparte, de fan de Napoléon ?

En feraient-ils autant pour Thierry Lentz, historien et biographe de l’Empereur ? Non, alors allons plus loin.

Sur ma page Facebook, parce que je suis un amoureux de la langue française, je publie quotidiennement l’origine d’une expression. Je vais donc partager avec vous l’histoire du mot fan. C’est l’abréviation du mot fanatique : Le dictionnaire Larousse le défini ainsi : « Dévouement absolu et exclusif à une cause qui pousse à l'intolérance religieuse ou politique et conduit à des actes de violence. » >> En savoir plus ici. De fait, lorsque vous l’utilisez, si vous croyez me faire plaisir, c'est tout le contraire. Vous m'insultez car Il est lourd de sens et toujours porteur de négativité.

La violence ? Chaque jour, l’actualité rapporte les atrocités commises au nom du fanatisme. L’ « Histoire » regorge de millions de morts commises au nom d’un fanatisme. Chaque fois qu’il se manifeste, en politique, en religion, dans le domaine des arts, dans celui des sports (football), même dans la médecine, chaque fois qu’il se manifeste, il est synonyme de tragédies. Lorsqu’on aime les Beatles, on n’a pas le droit d’être un fan.

John Lennon a été assassiné par un fan le 8 décembre 1980. Le 31 décembre 1999, George Harrison a été poignardé sauvagement par un autre fan et emporté par un cancer le 29 novembre 2001, car ses défenses immunitaires avaient été affaiblies. Un fan est comme un brin d’herbe emporté par un ruisseau, une rivière, toujours à la surface de l’eau. Alors qu’il faut toujours aller explorer ce qui se cache sous les pierres. Le fan est incapable d’analyse, de critique mais toujours dans le panégyrique. Il y a cette scène du film « Le Quai des brumes » de Marcel Carné où Jean Gabin entre dans un bar à l’atmosphère glauque. Il rencontre un personnage singulier, un peintre interprété par Robert Le Vigan (un acteur de talent pour les seconds rôles dans les années trente, devenu une crapule de collaborateur sous l’occupation, période de l’histoire où les « fans » pullulaient et provoquèrent 70 millions de morts). Gabin lui demande : « Mais que peignez-vous donc ? » et l’autre lui répond « la réalité des choses derrière les choses ! » Tout le monde devrait faire cela, garder sa curiosité son esprit critique et ne pas céder à la pensée unique. George Harrison a pourtant composé une chanson intitulée « Think For Yourself – Pensez par vous-même ! » Petite histoire du fan dans la musique :

Frank Sinatra fut le premier artiste dans la musique à avoir déclenché des phénomènes d’hystérie. Ses adoratrices étaient appelées les « bobby soxer girls » car elles portaient souvent des chaussettes montantes.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, c’est un général qui dirige les Etats Unis : le président Dwight David Eisenhower. Et l’Amérique bien-pensante de cette période, à majorité blanche, issue d’une culture stricte et protestante imposait une éducation très stricte à laquelle la jeunesse devait se soumettre. Les enfants devaient suivre des règles sans discuter. Ne pas sortir avec n’importe qui et pas au-delà de certaines heures. C’est précisément à cette période qu’émerge une nouvelle musique issue du blues, du jazz et du swing, une musique de noir : le Rock 'n' Roll. Sacrilège supplémentaire, c’est une expression argotique qui signifie faire l’amour !

Le dimanche, les églises résonnaient des prêches de la part des prêtres et autres pasteurs avec le même vocabulaire infâme des imams d’aujourd’hui qualifiant cette musique de diabolique et promettant l’enfer à ceux qui l’écouteraient. Ce sont ces gens qui par mépris ont utilisé les premiers ce qualificatif de « fan ». Comme les fans sont incapables de voir plus loin que leur bout du nez, par innocence, ils désignèrent les artistes sujets de leur adoration par le terme d’idoles. Les mots sont forts, d’un côté, les fans et de l’autre, des idoles ! Dans les années soixante, le mot est utilisé affectueusement et vidé de son sens originel au point qu’aujourd’hui, il est mis à toutes les sources. On entend souvent qu’untel est fan d’un objet (exemple : les Iphones). On marche sur la tête ! Pour les journalistes, les fans sont du caviar et leur permet de tourner des marronniers, fans qui font la queue des nuits et des jours entiers pour un concert. Prétexte pour se manquer d’eux, voyez ce qu’ils sont capables de faire, dormir plusieurs jours dans la rue pour accéder au pied de leur artiste préféré. On leur demande de chanter : ce qu’ils font en massacrant les succès de leurs idoles puisque la majorité chantent faux, permettant à chaque fois aux journalistes de se gausser d’avantage, souvent à juste titre d’ailleurs. Lennon lui-même se moquait de ces fans incapables de prendre la responsabilité de leur vie. Ecoutez attentivement ce qu’il dit à la radio RKO de San Francisco le jour même de sa mort. « Je ne peux rien pour vous, éventuellement vous montrer la direction, mais pas vous emmener par la main », disait-il en substance. J’ai surpris les journalistes le jour où j’ai émis des critiques concernant quelques chansons des Beatles et ex-Beatles. Ce jour-là, j’avais gagné mes galons d’historien. De même lorsque j’ai cessé de me rendre dans les studios de radios ou plateau de télévision en T.shirt et en portant des badges au profit d’un costard cravate. Tout est donc dans le look ? Côté musique, j’entends souvent cette stupide question : « Alors vous n’écoutez que du Beatles ? » La question est stupide parce que les Beatles étaient des gens curieux de tout et ouvert sur le monde. Ne faire que les écouter démontre qu’on s‘est totalement trompé à leur sujet et qu’on fait l’opposé de ce qu’ils conseillaient dans leurs chansons. Et puis j’ai systématiquement remarqué que ceux qui me posent cette question sont souvent les plus ignares en musique. Je connais des centaines d’artistes différents dans tous les styles de musiques et je continue à en découvrir chaque jour. Alors comment vous qualifier me demande-t-on ? La langue française propose deux mots magnifiques : amoureux, passionné. Voilà un état qui vous rend actif, créatif. Ne dit-on pas que la passion, déplace les montagnes ? Toute mon action envers les Beatles depuis 40 ans en est la preuve. J’ai appris l’anglais grâce aux Beatles, la majorité des adhérents ne parlent la langue de Shakespeare. En conclusion, le mot fan est répété, si facilement qu’en réalité il relève d’une maladie : le psittacisme, celle qui consiste à répéter des mots sans les comprendre, sans réfléchir comme un perroquet.

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